Laurence Aëgerter, Bain de minuit (coraux), série Longo Maï, 2013, cour­tesy Gale­rie Binome
édition de 5 (+2EA) – 270 × 130 cm
tapisserie jacquard en fils mixtes dont laine de mohair, lurex, et fils phosphorescentsLaurence Aëgerter, Bain de minuit (coraux), série Longo Maï, 2013, cour­tesy Gale­rie Binome édition de 5 (+2EA) – 270 × 130 cm tapisserie jacquard en fils mixtes dont laine de mohair, lurex, et fils phosphorescents

Au bout du plongeoir, le grand bain

group show

nouvelles dates
02/06 - 01/08/20


En écho à l’avenir fragile de notre environnement, la Galerie Binome propose d’apprécier l’horizon contemporain depuis trois points de vue artistiques comme autant de paysages perçus en regard de la profondeur de nos mémoires. Entre exaltation salvatrice et appréhension critique, les œuvres de Laurence Aëgerter, Anaïs Boudot et Douglas Mandry abordent par le prisme du medium photographique, la thématique de l’eau, cet élément fondamental de la vie, comme la rencontre de la nature et de la technologie à l’époque de l’anthropocène.

Histoire commune au XXe siècle, l’eau et la photographie se sont mutuellement découvertes une attractivité. La photographie a accompagné nos vacances d’été au bord de la mer et d’hiver à la montagne, prolongé ces moments d’extase dans les albums de famille, écoulé quantité de cartes postales et d’imprimés venant figer ces instants de communion face aux cimes et à l’océan. Associée au loisir et au plaisir, l’eau se présente de prime abord comme le lieu d’archétypes, alors que sa fragilité notoire vient trahir ces semblants d’éternité. Entre les mains des artistes, elle raconte ses états : solide, liquide, son évanescence plus encore, soit des potentialités de transformation qu’accompagne la plasticité du photographique…

Faire état de ce qui a été et de ce qui advient. Douglas Mandry puise ses images dans l’iconographie du siècle dernier. Il transfère par procédé lithographique des photographies de montagnes enneigées des années 30-40, à même les “couvertures de glacier” usagées, aujourd’hui employées en Suisse pour tenter d’en ralentir la fonte. Qui du linceul fait le deuil d’une époque mythique, qui de la couverture de survie en tente une conservation par le “high-technology”, la série Monuments porte les stigmates de nos rêves rattrapés par leurs excès.

Sous la forme de tapisseries Jacquard, Laurence Aëgerter propose quant à elle d’extraordinaires scènes de baignade, des corps en suspension vus en contre-plongée depuis les fonds marins. Tissées de fils phosphorescents, les tapisseries de la série Longo Maï résistent longtemps encore* même plongées dans l’obscurité. Les corps irradiés de ces nageurs-fantômes évoquent autant la mémoire brulante de ces moments d’extase que l’espoir de les voir perdurer; une ode à la vie préconisant le plaisir de l’instant.

Une vague de temps qui avance et se retire, une fraction d’images saisies parmi de multiples va-et-vient, c’est ce que décline encore Anaïs Boudot avec Le reste des vagues. Dans cette série de photogrammes tirés sur plaque de verres, les images sont travaillées dans les bains de chimie par couches de temps, d’eau et de lumière. Autour d’un même rocher, Anaïs Boudot crée des séquences de houle et d’écume dont la matérialité vaporeuse et scintillante est renforcée par des projections de peinture argentée. Ici, dans l’évidence de la perpétuelle inconstance de la mer, les vagues deviennent les fragments d’une prose hypnotique. Là, méandres et tourbillons restent encore lisibles à la surface des pierres érodées de la série Un rayon dans cette mer sur une Lune.

L’eau et la photographie disposent de cette fluidité à accompagner le mouvement de nos regards sur le monde et de nos incertitudes. Depuis le plongeoir, évaluant l’échelle du macro et du micro, pondérant les époques et l’instant, elles semblent bien précieuses en leur propension à accueillir nos projections…

* Longo maï : “longtemps encore” en langue occitane, locution signifiant “pourvu que ça dure”