Depuis ses premiers pas artistiques au début des années 2000, Laurence Aëgerter use de multiples techniques pour faire dialoguer le réel et ses représentations afin de nous questionner, nous émerveiller, nous surprendre. Dans un va-et-vient permanent entre le réel et son reflet, elle joue de la lumière, du temps, du réemploi, du détournement.
Son travail est fait de découvertes qui agissent tels des stimuli pour réveiller chez elle des images et des formes, qu’elle va s’employer à restituer par la lithophanie, la tapisserie, le livre d’artiste… La photographie occupe une place centrale dans sa démarche, ses œuvres démontrant l’extraordinaire malléabilité du médium. Les pas de côté, les décalages, les jeux de cache-cache, les interventions plus ou moins suggestives rendent ses œuvres universelles, inquiétantes et rassurantes à la fois. Ses changements de supports, du tirage à la tapisserie, du daguerréotype à la lithophanie, ou ses assemblages comme celui d’une planisphère et d’un autochrome, parfois contre-intuitifs, déstabilisent mais nous encouragent à nous projeter au-delà des apparences. En recourant à des archives et en les détournant, l’artiste suggère des passerelles entre les grandes préoccupations de notre temps, que sont la mort, la guerre, la santé mentale, et l’histoire de leur représentation. Elle fait appel à notre imaginaire commun et aux formes douces de la porcelaine, de la laine ou du papier, pour nous faire glisser dans d’autres temporalités afin d’apaiser notre rapport au monde.
Les diachroniques, texte d’exposition [extrait] par Sylvain Besson, directeur des collections, musée Nicéphore Niépce
Exposition labellisée Bicentenaire de la photographie
