Mustapha Azeroual, sans titre #07, série ACTIN, 2019, courtesy Galerie BinomeMustapha Azeroual, sans titre #07, série ACTIN, 2019, courtesy Galerie Binome

ACTIN

solo show

07/06 - 20/07/19
vernissage jeudi 6 juin de 18h à 21h

ACTIN est la troisième exposition personnelle de Mustapha Azeroual à la Galerie Binome. Poursuivant ses recherches sur les formes de lumière en photographie, l’artiste dévoile un corpus d’œuvres où la couleur, présente comme jamais dans son travail, joue comme un nouveau révélateur (photogrammes à la gomme bichromatée polychrome). Invisible par essence, la source du medium s’incarne aussi en volume (sculptures en céramique et en bronze) et s’anime en mouvement perpétuel (œuvre sur lenticulaire). Avec ACTIN, exposition intimement liée à sa résidence au Maroc ces deux dernières années, Mustapha Azeroual engage une révolution du photographique au sens étymologique du terme du retour sur soi. Et dans cette conciliation des domaines art et science, il nous transmet son expérience de la photographie comme science du Sensible.

[commu­ni­qué de presse] « ACTIN », Gale­rie Binome, juin-juillet 2019


“ Ce que la lumière nous fait, aucune image ne sera capable de le restituer.  Là est la part de manifeste que l’œuvre de Mustapha Azeroual énonce. Nous vivons pourtant dans une illusion sociale de ce pouvoir des images. L’artiste prend donc le contrepied de cette illusion, et réalise des œuvres qui incarnent le visible au lieu de le représenter. Tel est l’univers de l’ingénierie poétique de Mustapha Azeroual : un monde tangible du visible.
Ce qui est donné à voir et qui échappe à la représentation est une source. Et pour en restituer l’expérience, Mustapha Azeroual conçoit des œuvres qui sont des manières de phare. Elles génèrent des expériences visuelles, tactiles, sensibles, éblouissent parfois, guident peut-être. Elles peuvent être des phares-matrices qui engendrent à leur tour des formes et des traces.
C’est une chose étrange que de s’intéresser à ce point aux dispositifs lumineux, et de ne pas aboutir à des images. Mais n’est-ce pas reprendre à la racine l’invention de la photographie, et l’engager dans une autre voie ? Réinitialiser le processus pour activer des expériences optiques et poétiques.
L’intérêt que porte Mustapha Azeroual aux procédés anténumériques, telle la gomme bichromatée, lui permet d’activer ces substrats pigmentaires et sensibles. Il laisse agir sur eux la lumière, guide l’expérience mais ne lui impose pas de langage. Il formule ainsi une question qui a hanté les avant-gardes historiques : à partir de quel moment une expérience est-elle susceptible de se métamorphoser en une œuvre d’art ?
On retrouve là une tradition qui réunit le laboratoire du savant et l’atelier de l’artiste. Celle de la démonstration scientifique qui fut une forme de spectacle à l’époque des Lumières. On sortait alors des mystères du cabinet de curiosité, mais l’on ignorait encore la révolution industrielle et le triomphe des images techniques.
La passion de l’artiste pour la lumière n’est rien d’autre que la conjuration de toute forme d’obscurité. C’est pour cela que son esthétique se tient souvent au bord du nocturne, comme un défi lancé au temps : une esthétique de l’éclipse. ”

[texte] Michel Poivert, « Le tangible et le visible », mai 2018